Antonín Rejcha redécouvert (6/9)

Les années
viennoises

Thomas Hardy : Franz Joseph Haydn (1792). Bibliothèque nationale de France, département de la Musique, cote EST Haydn F 030. (©gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)  

La situation troublée à Paris et l’impossibilité d’y donner ses opéras poussent Antoine Reicha à partir pour la deuxième grande capitale culturelle du monde de ce temps : Vienne. Sans doute son choix a-t-il été également influencé par la rencontre, à Bonn (1790) et plus tard à Hambourg (1795), de Joseph Haydn, qui faisait étape dans ces villes lors de ses voyages en Angleterre. Antoine Reicha arrive à Vienne à l’automne 1802 et reprend immédiatement contact avec Haydn. Il lui tient compagnie, sert d’interprète aux hôtes français du compositeur vieillissant et approfondit sa connaissance de son œuvre et de ses opinions.  

Antoine Reicha : Grand trio en sol majeur (Vienne, vers 1807), 3e mouvement Rondo. (Les Salonnières, 2020)

À Vienne, Reicha développe et met par écrit ses idées les plus audacieuses en théorie de la musique. Il s’intéresse aux possibilités rythmiques des mesures « composées » (par exemple 5/8, 11/8, 13/8 ou 7/4) et propose une notation de la musique qui renonce aux barres de mesure. Cherchant à délivrer des principes surannés le travail du compositeur, il a également repensé de façon très novatrice la notion de fugue dans la musique de son temps. Pour Reicha, il faut en effet moderniser cette forme baroque et la débarrasser des règles du passé pour la rapprocher de l’idéal plus expressif des créateurs contemporains. Reicha associe sa défense de la fugue d’après un « nouveau système » à l’édition de son recueil probablement le plus célèbre, dédié à Joseph Haydn : les 36 fugues pour le pianoforte, composées d’après un nouveau système (Vienne, 1804).  

Antoine Reicha : 36 fugues pour le pianoforte (Vienne, 1804). (Tiny Wirtz, piano, 1992)

Antoine Reicha : 36 fugues pour piano. Vienne : Imprimerie chymique (1804), page de titre. Bibliothèque nationale de France, département de la Musique, cote VM8 S-1090. (©gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France). 

Il y inclut ses Douze fugues pour le piano éditées à Paris vers 1800 et peut-être déjà composées en partie à Hambourg. Avec ce recueil, Reicha se fait connaître comme un compositeur et théoricien audacieux. Sa publication réclamait une défense assez approfondie, que Reicha lui adjoint dès 1805 sous le titre : Über das neue Fugensystem. Il y refuse l’idée selon laquelle il ne conviendrait pas de transformer cette forme dont Bach ou Haendel étaient passés maîtres, et affirme au contraire qu’il faut, pour la perpétuer, la revivifier par de nouveaux procédés compositionnels. Ni dans ses ouvrages théoriques ultérieurs, ni dans ses compositions, Reicha n’atteindra plus l’audace novatrice dont il avait déjà fait preuve à Hambourg et surtout pendant son séjour viennois en modernisant la fugue. 

Antoine Reicha : Fugue n° 32 des 36 fugues pour le pianoforte (Vienne, 1804). (Ivan Ilić, piano, 2015)

Antoine Reicha : Quatuor scientifique. Manuscrit partiellement autographe (vers 1806), page de titre et préface autographes, copie manuscrite de la partie de 1er violon – 7e mouvement : fugue sur un sujet 

De cette époque date également son ample Quatuor scientifique, qui, outre les quatre mouvements habituels du quatuor, comporte un total de huit fugues, dont trois proviennent du recueil déjà évoqué des 36 fugues pour le pianoforte et sont ici arrangées pour quatuor à cordes. Leurs sujets sont empruntés à Joseph Haydn ou Wolfgang Amadeus Mozart. Ce quatuor est conservé uniquement en manuscrit, dans le fonds de la Bibliothèque nationale de France, et ce n’est qu’en 2018, avec son enregistrement par l’ensemble tchèque Reicha Quartet, qu’a eu lieu sa première exécution intégrale.

Antoine Reicha : Quatuor scientifique (Vienne, vers 1806). (Reicha Quartet, 2018)

Antoine Reicha : Missa pro defunctis. Requiem (Vienne, 1802–1808). (Hyun-Soo Suk, soprano ; Hee-Myung Choo, alto ; Man-Taek Ha, ténor ; Dong-Seub Kim, basse ; Suwon City Chorale, La Fuse Philharmonic Orchestra, dir. Jihoon Park, 2019)

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Antoine Reicha : Trois quatuors pour deux violons, alto et violoncelle, op. 48. Leipzig : Breitkopf & Härtel (1804). Moravská zemská knihovna v Brně, Collection de la Bibliothèque de prêt de Winiker (Carl Winiker’s Musikalien-Leih-Anstalt), cote STMus.5-0272.373.

Antoine Reicha : Trois quatuors pour deux violons, alto et violoncelle, op. 49. Leipzig : Breitkopf & Härtel (1804)., Moravská zemská knihovna v Brně, Collection de la Bibliothèque de prêt de Winiker (Carl Winiker’s Musikalien-Leih-Anstalt), cote STMus.5-0272.372. 

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