Antoine Reicha redécouvert (7/9)

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à Leipzig

Antoine Reicha : Lenore (Vienne, 1805–1806). (C. Nylund, soprano : Lenore ; P. Vykopalová, mezzo-soprano : la Mère ; C. Welch, ténor : le Narrateur ; W. Chmelo, basse : Wilhelm ; Pražský komorní sbor ; Virtuosi di Praga, dir. F. Bernius, 2001) 

Antoine Reicha : Lenore. Manuscrit (1806), page de titre de l’acte I, début de la partition de l’acte II. Bibliothèque nationale de France, département de la Musique, cote MS-10096 (1–2). (©gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France) 

En 1806, Reicha se rend de Vienne à Leipzig, afin de faire exécuter sa cantate Lenore. Mais les troupes françaises entrent dans la ville le 18 octobre 1806 : la création de l'œuvre, prévue pour le lendemain, est annulée et le malheureux compositeur doit rester quatre mois à Leipzig, pendant lesquels, dit-il, « je m’ennuyai beaucoup » !  

Antoine Reicha : Lenore (Vienne, 1805–1806). (M. Janková, soprano : Lenore ; P. Vykopalová, soprano : la Mère ; W. Parchem, ténor : la Narrateur ; J. Brückler, baryton : Wilhelm ; Český filharmonický sbor Brno ; Filharmonie Brno, dir. D. Russell Davies, 2020) : duo Lenore, Mère : « O Mutter, Mutter ! Hin ist hin ! » ; chœur : « Laßt uns den Leib begraben ». 

Annonce de l’enterrement de Pierre Macon. Zeitung für die elegante Welt, 1er novembre 1806, p. 4. 
(© 
DigiPress / Bayerische Staatsbibliothek)

Napoléon nomme gouverneur le général de brigade Pierre Macon, qui meurt de maladie dès le 27 octobre. Ses obsèques ont lieu trois jours plus tard au son du Requiem de Mozart. Mais le général était franc-maçon, et la loge locale « Minerva zu den drei Palmen » organise une tenue funèbre (Trauerloge) à sa mémoire le 3 novembre.  

La Gelegenheitscantate (cantate de circonstance) de Reicha « Jenseit der Gräber, in des Todes Nacht », retrouvée en 2016 parmi des manuscrits non catalogués du département de la Musique de la BnF, semble avoir été composée à cette occasion.

Un fragment de son livret anonyme est cité dans un article de la Zeitung für die elegante Welt du 20 novembre 1806. Le rédacteur de ce trihebdomadaire, le conseiller aulique Siegfried August Mahlmann (1771–1826), homme de lettres apprécié à l’époque et franc-maçon comme le défunt général, connaissait Reicha, puisque son journal avait annoncé la création prochaine de Lenore dans son numéro du 11 octobre. On peut donc le considérer avec vraisemblance comme l’auteur du texte de la cantate et le commanditaire de sa musique. L’année suivante, Reicha mettra en musique sous le titre Der neue Psalm un autre poème de Mahlmann, Gebet der Kinder zu ihrem ewigen Vater.  

C. Ermer : Siegfried August Mahlmann (1828) (© public domain)

Antoine Reicha : Der Neue Psalm (Vienne, 1807). (M. Hajóssyová, soprano ; A. Barová, mezzo-soprano ; A. Schmidt, ténor ; K. Průša, basse ; Pražský filharmonický sbor ; Dvořákův komorní orchestr, dir. L. Mátl, 1988)

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