Antoine Reicha redécouvert (1/9)

Famille et enfance
à Prague

Antoine Reicha : Ouverture à grand orchestre (Bonn, avant 1794). (Musica Florea, dir. Marek Štryncl, 2010, sur instruments d’époque). 

Du côté paternel, Antoine Reicha descend de paysans de Chudenice, serfs des comtes Černín. Son père Šimon (1740–1771) s’établit en 1761 comme boulanger dans la Vieille ville de Prague. Il assure aussi l’éducation de son jeune frère Josef (1752–1795), qui entre dans la maîtrise de l’église des Chevaliers de la Croix à l’étoile rouge (Saint-François-Séraphin) et y étudie le violoncelle. Affranchi avec toute sa famille le 6 juin 1764, Šimon épouse le 9 juillet 1764 Korona Uršula Pohlová (1740–1816), fille d’un tailleur de la Vieille ville et veuve d’un autre boulanger. Leurs deux premiers enfants meurent en bas âge. Le troisième, Antonín Josef, né le 26 février 1770 à 6 heures du soir dans la maison 733 « Od Worlů », rue des Chèvres (Kozí ulice), est baptisé le lendemain en l’église Notre-Dame du Týn, avec pour parrain Antonín Vraný, procureur ecclésiastique, et en la présence de Jan Čermák, meunier, et d’Anna Schultzová. 

Acte de baptême d’Antoine Reicha, 27 février 1770. Registre des baptêmes, paroisse Notre-Dame du Týn, Archiv hlavního města Prahy, cote TÝN N9, fol. 30v (©Archiv hlavního města Prahy)

« od Worlú / Simon Reicha / Die 27. [februarii] baptisatus à hesterna vespertina 6 natus infans n[omi]ne Antonius Josephus filius D[omini] Simonis Reicha Civ[itatis] vet[eris] Pra[gae] pistoris & Coronæ Pragensis conjugum. Levans: D[ominus] Antonius Wrani Procurator ad inferiores instantias. Testes: D[ominus] Joannes Czermak Civ[itatis] Vet[eris] Pra[gae] Molitor. Consultissima D[omina] Anna Schultzin. Baptisavit R[everendus] P[ater] Josephus Slavik fundatista Teynensis. Testor Awl [Antonius Wessely curatus]. »

Plan de Prague avec les adresses connues de la famille Reicha

Joseph Daniel von Huber : Vue de Prague à vol d'oiseau (1769). Détails de la Vieille ville de Prague avec indication de l’emplacement des demeures de la famille Reicha-Zelenka. Österreichische Nationalbibliothek, Bildarchiv und Grafiksammlung, cotes E 21.090-D et K II 92,6 (©Österreichische Nationalbibliothek).

Šimon Rejcha meurt alors que son fils n’a que dix mois. Sa veuve se remarie quelques mois plus tard avec Mikuláš Zelenka, lui aussi boulanger. Les actes de baptême et de sépulture des six enfants nés de ce mariage donnent les adresses successives de la famille, toutes situées dans un périmètre relativement restreint de la Vieille ville. Ces naissances rapprochées expliquent sans doute que Korona Zelenková ait négligé l’éducation de son aîné, qui pour cette raison quitte en secret la maison familiale à l’âge de onze ans.  

Prague – vue sur la Vieille ville depuis la colline de Letná à travers une porte imaginaire portant l’inscription : Collection de vues les plus intéressantes et pittoresques de la Bohême (vers 1810). Státní oblastní archiv v Třeboni, Rodinný archiv Schwarzenbergů, Orlík nad Vltavou, cote evid. č. 2661 (©Státní oblastní archiv v Třeboni) 

En 1806, Reicha fait une visite de trois jours à Prague. Il y retrouve sa mère et fait la connaissance de sa demi-sœur Filipína Maria Anna, née après son départ. Son demi-frère Vojtěch Václav, à présent marié et devenu chirurgien, est absent. Différents indices suggèrent qu’il a maintenu des liens avec sa famille pragoise, malgré le peu de place qu’elle tient dans son autobiographie.

Narození Narození Úmrtí

Arbre généalogique d’Antoine Reicha, ne comportant que les parents les plus proches en ligne paternelle. Les naissances, mariages et décès ont eu lieu dans la Vieille ville de Prague sauf indication contraire.

Pour aller plus loin

Pour aller plus loin

Bien qu’il ait travaillé à l’étranger presque toute sa vie, Antoine Reicha reste considéré comme un compositeur d’origine tchèque : pour cette raison, ce sont surtout les musicologues tchèques qui se sont intéressés à lui. Pour le bicentenaire de la naissance du compositeur, le musicologue brnois Jiří Vysloužil a édité sous le titre Zápisky o Antonínu Rejchovi le texte original français de son autobiographie Notes sur Antoine Reicha avec une traduction tchèque (Brno, Opus musicum, 1970). 

La musicologue pragoise Olga Šotolová a consacré à Antoine Reicha une biographie substantielle qui reste la seule à comporter un catalogue thématique de ses œuvres : Antonín Rejcha (Prague, Editio Supraphon, 1977). Mise à jour et traduite en anglais en 1990, elle est devenue à l’échelle internationale l’ouvrage de référence sur ce compositeur. 

En langue française, la seule monographie consacrée à Reicha reste sa Biographie critique par Maurice Emmanuel (1937), écrite à l'occasion du centenaire de sa mort en 1836.  

Un siècle plus tôt, Jacques-Auguste Delaire, élève de Reicha, avait publié une brève notice sur son maître, qui emprunte largement aux Notes sur Antoine Reicha. 

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